Mariage indien : une expérience exceptionnelle à vivre

Kai, je l’ai rencontré, il y a 2 ans au Kazaksthan.


Quand il m’appelle pour m’inviter à son mariage, je dis instantannément oui avec le cœur.
Puis le mental prend le dessus et je panique (un peu).


“Je vais être la seule blanche”.
“J’ai rien à mettre pour un mariage Indien”.
“J’ai pas les codes pour assister à ce genre d’événement”.
“ Je sais pas ce qu’on offre comme cadeau en Inde”.

Bref, une avalanche de doutes.
Des peurs irrationnelles.
Des excuses déguisées en “bon sens”.

Alors j’ai demandé de l’aide.
A mon ami pour qu’il me conseille sur les tenues, les codes, le cadeau.
A une couturière Sri Lankaise pour qu’elle me crée 4 tenues traditionnelles.

Et j’ai mon billet d’avion.

Parce qu’il y a une chose que le voyage m’a apprise : la vie est une succession d’invitations.

À nous de choisir si on dit oui.
À l’inconnu.
À la rencontre.
À l’imprévu.

Alors dans cet article, je t’emmène avec moi vivre un mariage indien dans la magnifique ville de Gwalior.

Je pensais aller simplement prendre le petit déjeuner chez Kai alors que c’était en fait le lancement des festivités.

Quand Kai m’appelle à 10h, il me dit de le rejoindre dans sa famille pour « prendre le petit déjeuner ».
Je stresse : hormis mes tenues pour le mariage, j’ai seulement des leggings et des t-shirts. Rien de très présentable pour rencontrer sa famille.
J’enfile le meilleur combo possible et saute dans un tuk-tuk.

Déjà en chemin, il m’écrit « Il faut que tu portes un Kurti. » Un quoi ?
Google m’apprend que c’est une robe traditionnelle indienne. Que, bien sûr, je n’ai pas.
Panique : je vais passer pour une plouc.

Mais en arrivant, rien de tout ça.
Sa famille m’accueille à bras ouverts.
Tout le monde me serre chaleureusement, comme si je faisais déjà partie du clan.

Sa maman m’embarque et me prête une robe magnifique, insiste même pour que je porte aussi ses bijoux.
Sa meilleure amie me file des chaussures.
Je suis sauvée !

Pour ce premier jour, chaque marié célèbre avec sa famille.
Vers midi, on commence par la cérémonie du henné.
Toutes les femmes décorent l’intérieur et l’extérieur de leurs mains.
La légende dit que plus la couleur devient foncée, plus tu es aimée.

C’est un rituel normalement réservé aux femmes, mais Kai se laisse tenter.
Une belle preuve d’ouverture et d’évolution des traditions.

Il faut être patient : chaque main met bien une heure à sécher et tu ne peux rien faire entre temps, au risque de tout ruiner.
Il est presque 15h quand on peut enfin se servir de nos mains pour déjeuner !

Les invités rentrent ensuite chez eux avant de revenir le soir.
Les frères de Kai m’embarquent avec eux pour faire quelques courses.

À 19h, les festivités reprennent.
Des jeunes Indiens accueillent les invités avec des tambours : un accueil en fanfare, au sens propre comme au figuré, pour montrer le respect et célébrer leur venue.

Puis place à un moment de danse : femmes, hommes, jeunes, moins jeunes… tout le monde se déchaîne sur des musiques indiennes, comme dans les films Bollywood. Un régal à regarder et à partager !

S’ensuit une longue cérémonie où le frère de la mère du marié remercie et gratifie financièrement tous les invités.
La tradition vient d’une légende : une femme pauvre, incapable de marier son fils, demanda de l’aide à son frère, trop pauvre pour l’aider.
Elle pleura tellement que le dieu de l’argent apparut et lui donna mille fois plus que nécessaire.
Depuis, pour éviter que ce dieu ne revienne sur terre, le frère de la maman du marié doit toujours aider sa sœur à marier ses enfants.

Même moi, j’ai eu droit à mon moment. J’étais touchée.

Il est plus de 23h quand nous passons enfin à table.
Puis, après avoir discuté entre jeunes, les frères de Kai me ramènent chez moi.

Moi qui pensais juste être invitée à un petit déjeuner, c’était en fait le début des festivités.

Quand je débarque dans la maison familiale pour me préparer avec eux, je ne parle pas Hindi mais je sens la tension et le stress général.
En Inde, le sens du détail est une réligion, il faut que tout soit parfait.

Aujourd’hui, la tradition veut qu’on porte tous du jaune.
Quand je découvre les tenues de la famille : personne n’est en jaune (eux sont dans les tons bleu-vert).

Je me sens too much avec ma robe poussin à froufrou.
Les filles me rassurent : c’est parfait.
Et en Inde, c’est jamais too much.

Kai que me dit que je suis pretty.
Mon papa aussi.
La famille me complimente.
Je ne suis pas à l’aise à 100% mais on me dit que, vraiment, je suis dans le thème.

Arrivée sur le lieu, je découvre des invités haut en couleur, des tissus et des bijoux d’une finesse exceptionnelle, des parfums de fleurs et d’essent :
un mariage indien comme on l’imagine finalement.

Et tout le monde, comme la décoration, est bien jaune.
Une couleur qui représente le divin en Inde.
Je me fonds dans le décor.

Des photographes nous prennent en photo à tour de rôle avec beaucoup de sérieux.
Ils nous font poser, marcher, tourner sur nous même pour faire voler nos robes.
Un exercice que je déteste mais je fais de mon mieux.
Les indiens eux semblent habitués, de vraies stars de tapis rouge.

À table, mon ami marié nous glisse que c’est le 1er mariage d’amour de sa famille.
Simplement car il a trouvé par lui même, sinon ses parents s’en seraient chargés.

Il dit en rigolant à ses sœurs et cousines qu’il a ouvert la voix, à elles de perpétuer ce choix de vie.

Il est 16h00 quand la cérémonie commence, les mariés sont juste éblouissant.
Installés sur une estrade, tout le monde se met à danser sur le rythme des tambours devant eux.
Une joie de vivre immense flotte dans l’air.

Puis par petit groupe, on leur étale du curcuma sur les joues et les recouvre de pétales de fleurs pour leur apporter la lumière.

En nous préparant pour la soirée, je demande à la mariée et mes copines si leur robes sont confortables.
Éclatant de rire général : pas du tout.
Comme tous les bracelets, les bagues aux pieds, les lourdes boucles d’oreilles.
Mais c’est beau, alors elles s’en fichent : fashion first.

Vers 22h, le show commence : les membres proches des mariés enchaînent les danses devant eux.
Vraiment, les indiens ont la danse dans la peau.

Puis la soirée se prolonge avec un DJ.
En les voyant se déchaîner, je réalise que les indiens ne dansent pas, ils vivent la musique.
C’est juste incroyable à regarder.
Ils m’ont avoué en revanche que si c’était pas des musiques Hindi, personne ne danserait.

Et le plus beau dans tout c’est que personne n’a bu une goutte d’alcool.
Ils savent s’amuser sans !

Aujourd’hui c’est sari obligatoire. Et j’ai aucune idée de comment l’enfiler.

La meilleure amie de la maman m’habille comme une poupée et m’explique tout en hindi.
Le seul mot que je comprends depuis 3 jours : “safety pins” (épingles à nourrice). La clé de réussite des tenues indiennes.

Une fois prête, les compliments pleuvent.
Les mamies me pincent les joues tellement elles me trouvent chou et toute la journée on m’arrête pour me dire que le sari me va à merveille.
Ils sont honorés que je le porte alors que c’est moi qui le suis.

Avant de partir, une cérémonie avec un gourou a lieu à la maison.

On grignotte en même temps des samossas : je pleure tellement c’est piquant, fou rire général.
Depuis mon arrivée un jeu s’est installé : noter sur une échelle de 1 à 10 comment s’est épicé pour moi. Là c’était bien un 8/10.

À 11h30, le marié sort, j’ai les larmes aux yeux tellement il est beau, un vrai maharaja.

S’en suis une procession jusqu’au lieu du mariage et encore une fois, tout le monde danse sur le rythme des tambours pour célébrer l’union.

C’est le milieu de l’après-midi quand la mariée fait son entrée : une nouvelle fois je suis émue devant tant de beauté.

S’enchaîne 3h de rituels, officialisant son passage dans la famille du marié.

À 17h, sieste obligatoire.
Puis avant de regagner le mariage les frères du marié m’emmènent voir les lumières de la ville.

Il est plus de 22h quand la dernière soirée commence : 800 invités sont attendus ce soir.
Ici, un petit mariage ça n’existe pas.

On me dit qu’en plus une partie de la famille n’est pas venue.
Kai a non seulement fait un mariage d’amour mais il a aussi épousé une femme hors de sa caste.
Deux éléments qui ne sont pas validé auprès de tout le monde.

Rien d’extravaguant pour cette dernière soirée : les mariés reçoivent les invités, posent pour des photos.

Les indiens sont fascinées par les peaux blanches, on me demande aussi de poser plusieurs fois.
Les membres que je côtoie depuis mon arrivée sont fières de me présenter.
C’était mon angoisse de voler la vadette aux mariés mais finalement, ça s’est bien passé !

À 00h on fête l’anniversaire de Kai, c’est aussi la pleine lune, je lui dis que c’est fou, il répond que tout était planifié.
En Inde, on se marie entre novembre et février, période des meilleurs alignements de planètes.

Vers 1h, on dîne enfin.
Les invités ont le buffet, les proches mangent à table avec les mariés.

Et moi, je gèle.
Par 10°C, je suis en sandales et tissu léger.
On me prête un châle mais rien y fait, alors que les Indiennes agissent comme si c’était l’été !

Il est 3h quand je je rentre dormir, épuisée.
3 jours de mariage intense dont je me souviendrais toute ma vie.

Je profite de ce dernier jour à Gwalior pour aller visiter le fort avec mes copines du moment.

C’est un endroit sublime comme il en existe tant au Rajasthan !
Des bâtiments du 14ème sculptés si finement et richement qu’on dirait de la dentelle.

Vers 18h00 je retourne dans la maison familiale dire au revoir.
La tradition veut qu’on offre une couverture et des friandises.
Je les remercie du fond du coeur pour l’accueil, la bienveillance et cette expérience extra-ordinaire.

C’était mon 5ème voyage en Inde et à chaque fois, un accueil et une bienveillance incroyable.
Les indiens ont un sens de l’hospitalité et du service qu’on retrouve que nul part ailleurs dans le monde.
Tout le monde a pris énormément soin de moi : que ce soit les frères de Kai, les servantes, les jeunes, les moins jeunes.
Chacun veillait à ce que j’ai à manger, à boire, que je n’ai pas trop froid, que je comprenne ce qui se passe.

En Inde l’argent se partage pour attirer l’abondance et éloigner les mauvaises énergies.

Une fois marié, les femmes indiennes se percent le nez et portent deux anneaux aux doigts de pieds.
C’est inconfortable mais c’est la tradition.

C’est presque impossible de ne pas être marié en Inde.
99% des mariages sont arangés et doivent se faire dans la même caste.

Les indiens ont une image de la France encore idéaliste et féérique.
Ils tombaient de leur chaise quand je leur disait à quoi ressemblait vraiment la France aujourd’hui.

C’est jamais too much si t’assumes. Ose briller.
Cham Cham signifie brillant, pailleté, clinquant (à l’indienne quoi).

On a pas besoin de parler la même langue pour rigoler ensemble.
Les indiens, comme les français, n’ont pas l’habitude de parler anglais entre eux.
Bien qu’ils ont fait des efforts, il y a beaucoup de conversasions auxquelles je n’ai pas participé.
En revanche, les bétises, peu importe la langue, ça se comprend !

Les couleurs c’est la vie !
Quand j’expliquais qu’en France, pour les mariges, tout était blanc, ils me demandaient pourquoi.
Car pour eux, le blanc c’est triste.

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